Anciennes ardoisières à Haut-Martelange

Mise en valeur des anciennes ardoisières de Haut-Martelange: Aménagement d’un circuit sécurisé dans l’ancienne galerie „Johanna“

L’exploitation historique du site

L’extraction souterraine de l’ardoise dans la région de Martelange a commencé à la fin du 18e siècle. Elle allait changer toute la structure sociale et économique de la région. La période entre 1790 et 1890 fut caractérisée par la naissance et l’exploitation d’une multitude de carrières souterraines qui se développaient avec plus au moins de succès le long des quatre couches principales d’ardoise exploitables : celles de Perlé, de Haut-Martelange, de Martelange et de Wisembach.

Après l’achat de la quasi-totalité des ardoisières de la région par la firme allemande « Gebrüder Rother », celle-ci concentrait dès le début du 20e siècle l’extraction de l’ardoise sur le site de Haut-Martelange qui avait de surcroît l’avantage d’être rattaché au chemin de fer cantonal pour l’exportation des produits finis.

Vers 1890, dès que les frères Rother étaient devenus propriétaires des carrières de Haut-Martelange, les différents points d’extractions et puits verticaux des exploitant ultérieurs furent reliés pour les regrouper sous deux grands systèmes souterrains. Chacun fut équipé d’un plan incliné moderne pour cette époque, actionné par une machine à vapeur

Ces deux grandes mines souterraines voisines furent appelées carrière Laura et carrière Johanna. Au bout de 70 ans d’extraction poussée, vers 1956, les carrières avaient atteint une profondeur maximale de -168 m, ceci sur une totalité de 24 chambres souterraines. Une chambre souterraine peut atteindre une largeur moyenne de 14 m et une longueur moyenne de 40 m (épaisseur de la couche) et une hauteur d’une centaine de mètres. Un mur de 4 m à 6 m sépare les chambres entre elles et fait fonction de pilier de soutènement. À travers ces piliers sont creusés des tunnels qui relient les chambres entre elles et notamment au plan incliné pour la rehausse des blocs d’ardoise ainsi que des déblais.

En effet, à Haut-Martelange, puisqu’on progressait du haut vers le bas, il fallait remonter tout le matériel, la bonne pierre comme les déchets. Sachant que le pourcentage de déchets variait entre 75 et 85%, des terrils énormes se sont entassés autour des puis d’extraction, une des caractéristiques les plus manifestes d’une ardoisière dans la région de Martelange.

Par cette extraction du haut vers le bas, de grandes chambres vides se sont créées. Pour que l’eau souterraine n’inonde pas les chambres (la nappe phréatique monte jusqu’à -12 m environ à Haut-Martelange), il fallait pomper en permanence.

Les grandes espaces souterrains créés de cette façon permettaient le recours à une certaine mécanisation de l’extraction (débitage au fil hélicoïdal et à l’haveuse, la mise en place de grues, …)

La carrière Johanna

Le système souterrain de la carrière Johanna fut exploité dans le prolongement de la couche de la carrière Laura sur une longueur de 200 m. Entre les deux carrières, il y a cependant une interruption de 60 m de roche non exploitable à cause d’accidents tectoniques. La carrière Johanna, la plus grande de Haut-Martelange, fut exploitée entre 1898 à 1957. Dans les chambres n°13 à 23 on avançait jusqu’à une profondeur de -168 m. Le plan incliné qui acheminait la pierre dans ces wagonnets vers le haut passait à travers la chambre n° 22.

En 1945, donc juste après la guerre, la production avait baissé à 5,5 millions d’ardoises par an alors qu’au début du siècle elle était encore de 12 millions d’ardoise par an. En 1947, 75 ouvriers travaillaient dans le souterrain de la mine Johanna et 225 personnes dans divers ateliers.

La mise en valeur des chambres souterraines

Diverses études et investigations ont été réalisées, afin d’étudier la faisabilité et le potentiel d’exploitation des galeries et chambres souterraines.

En 2010, une opération de pompage et de mise à sec jusqu’au -42 m ont été réalisées, afin d’accéder à certaines galeries et chambres notamment d’y effectuer les investigations suivantes :

  • Photographies et levées topographiques
  • Inspection par des experts en ouvrages et vestiges miniers et par l’ITM en ce qui concerne les aspects de stabilité et sécurité
  • Reconnaissances des lieux moins accessibles, avec l’accompagnement technique de spéléologues

Ces investigations ont permis d’avoir une connaissance des lieux existants en ce qui concerne la stabilité, l’accessibilité, les infiltrations d’eau, une topographie précise. Ainsi le potentiel d’exploitation du souterrain sous ses divers aspects a pu être défini. Un circuit scénario a été arrêté et représenté par une animation 3D.

La visite souterraine

Le circuit d’une longueur de quelque 350 mètres permet de descendre jusqu’à une profondeur de -42 m sous le terrain naturel en utilisant différents escaliers et galeries existants et donne l’accès aux chambres 16 à 19, des chambres d’excavations de grandes dimensions. La visite permet la découverte des méthodes d’extraction du 19e, ainsi que les méthodes plus moderne au 20e siècle.

Le tracé de la visite :

  • Entrée et sortie par la galerie creusée en 1941
  • Visite des deux chambres des « anciens travaux »
  • Visite de la chambre intermédiaire entre les chambres 18 et 19 (-16m) via l’escalier, avec point de vue sur la chambre 19 à partir d’une plate-forme en porte-à-faux
  • Descente supplémentaire via l’escalier jusqu’à la galerie de liaison entre les chambres 18 er 19 (-41,14 m)
  • Visite / Vue de la chambre 19 à -41,50m
  • Visite de la chambre 18, à partir d’une passerelle sur plan d’eau
  • Passage par la galerie reliant la chambre 18 à la chambre 17 (-40,50 m)
  • Visite de la chambre 17 et remontée par un escalier à 24,07 m
  • Vue sur la chambre 16 à -23 m
  • Passage par la galerie rejoignant la chambre des anciens travaux
  • Sortie par la galerie débouchant au pied de l’escalier au cabanon

Travaux à réaliser pour permettre l’exploitation touristique souterraine

Après la mise en place et la mise en service de l’équipement de pompage, hormis les travaux d’aménagement relatifs à la stabilisation et mise en sécurité des lieux, divers aménagements seront nécessaires tels que la réalisation de plate-forme de vue en porte-à-faux, passerelles et escaliers métalliques.

L’installation d’un système d’éclairage pour la circulation, la mise en valeur des lieux, un éclairage de secours ainsi que la mise en place d’une installation audiovisuelle sont prévus.

D’autres aménagements relatifs aux explications didactiques, expositions d’outillages et reconstitution de « scène de travail » pourront compléter l’exploitation touristique du souterrain.

Afin de permettre une exploitation souterraine touristique, des aménagements extérieurs s’avèrent indispensables, comme l’installation d’un espace d’accueil (billetterie, sanitaires, remise casques, local technique, local pour les guides) et le raccordement des descentes d’eau des bâtiments avoisinants, afin d’éviter une infiltration des eaux de pluie dans les chambres souterraines.

Coûts des travaux d’aménagement prévus en surface et des chambres souterraines : Investissement global de 7.100.000,00 € réparti sur les exercices 2018 à 2020

Maître de l’ouvrage : Service des sites et monuments nationaux

Bureau d’études – Génie-civil : TR Engineering

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